La pyramide de la récupération managériale

Quand un manager galère, il cherche rarement à enlever. Il cherche souvent à ajouter : une méthode, un outil, un nouveau rituel, une formation de plus… Comme si la solution se trouvait quelque part à l’extérieur. Comme s’il suffisait d’empiler pour tenir.

C’est exactement ce que fait un sportif épuisé qui se mettrait à la cryothérapie ou ferait de la méditation alors qu’il ne dort cinq heures par nuit. L’intention est louable. Le problème, c’est l’ordre. En matière de récupération, faire plus n’aide pas, revenir aux fondamentaux si.

La pyramide de la récupération du sportif (rappel rapide)

Quand un sportif sous-performe, il peut :

  • multiplier les étirements,

  • tester des protocoles sophistiqués,

  • changer de matériel.

En sport, la récupération repose sur une pyramide simple et largement éprouvée. La base, c’est :

  • le sommeil,

  • l’alimentation,

  • l’hydratation.

Mais tant que la base n’est pas là, rien ne tient. Sans ça, tout le reste est du bricolage, de la cosmétique, de l’illusion de contrôle.

👉 Faire de la méditation, ou manger de baies de goji alors qu’on souffre d’un manque de sommeil, c’est se tromper de priorités. Et le corps finit toujours par nous le rappeler...


Pourquoi les managers font exactement la même erreur ?

En management, la tentation est identique. Lorsqu’un manager va mal, il pense souvent que le problème est relationnel, ou méthodologique : il veut mieux communiquer, mieux fédérer, mieux accompagner. Mais bien souvent, la difficulté se situe plus profondément : dans la charge mentale, dans l’accumulation de sujets non traités, dans l’absence de priorités, dans l’absence de clarté.

On demande de la performance alors il faudrait d’abord créer de l’espace. Comme si l’on exigeait d’un sportif à bout de souffle de courir plus élégamment, sans jamais lui proposer de s’arrêter pour reprendre son souffle.

La pyramide de la récupération managériale

Cette pyramide n’a pas vocation à rendre les managers plus performants à court terme. Elle sert avant tout à répondre à une question simple : que faire quand ça ne va pas ? Et surtout, par où commencer ?

Pyramide de récupération managériale

Niveau 1 – S’alléger avec clarté

La base de la récupération managériale, c’est la clarté. Pas la vision stratégique à cinq ans, mais la clarté immédiate, concrète, presque terre-à-terre. Celle qui libère de l’espace mental. Quand un manager est en difficulté, le premier signal n’est pas relationnel, il est mental : trop de choses en tête, trop de sujets ouverts, une débauche d’énergie sans direction. Concrètement, s’alléger avec clarté se traduit par :

  • bloquer un vrai créneau sans notifications chaque semaine,

  • redéfinir ses priorités de la semaine : où va mon énergie ?

  • faire une mini-rétro perso : j’arrête / je continue / je commence,

  • déléguer explicitement un sujet pesant en clarifiant :

    • ce qui est essentiel,

    • qui propose,

    • qui décide,

    • à quelle fréquence on se reparle,

  • démarrer la conversation courageuse qui prend la tête.

Parce qu’un non-dit, c’est du bruit mental permanent.

Niveau 2 – S’appuyer sur une structure

Une fois l’espace recréé, il faut arrêter de fonctionner à l’instinct. La récupération passe par la structure, la discipline. C’est comme manger correctement, tous les jours.

Concrètement, adopter une approche structurée se traduit par :

  • avoir des échanges réguliers en 1:1 pour :

    • faire le point sur les priorités du moment,

    • prendre le pouls, faire un point sur la motivation, les difficultés, les envies

    • déléguer des nouveaux sujets,

    • suivre l’avancement par rapport aux objectifs fixés

  • donner des feedbacks réguliers, au fil de l’eau :

    • un point positif,

    • ou un axe d’amélioration,

  • partager autour des objectifs individuels et collectifs, se doter d’un dashboard pour les suivre

  • clarifier les rôles (là où du flou persiste) et rappeler certaines règles de vie / process (remote, CRM, canaux,…)

  • faire des rétros d’équipe simples : Keep / Improve / Start / Stop.

👉 La structure ne rigidifie pas : le cadre c’est la liberté !

Niveau 3 – Prioriser la relation

C’est souvent le niveau par lequel les managers veulent commencer. Et c’est souvent trop tôt. La relation demande de la disponibilité intérieure. Elle exige une présence que l’on ne peut pas feindre longtemps. Quand les niveaux 1 et 2 sont solides, alors ce niveau devient régénérant.

Concrètement, prioriser la relation se traduit par :

  • adapter sa communication selon les profils (en utilisant par exemple les profils DISC)

  • lever les non-dits relationnels, nommer les ressentis pour aller en profondeur.

  • adopter une posture manager-coach :

    • accueillir les problèmes sans chercher à les résoudre immédiatement,

    • poser des questions qui font réfléchir,

    • encourager l’exploration

👉 Écouter sans solutionner, c’est comme laisser quelqu’un poser son sac.

Niveau 4 – Entraîner le collectif

Au sommet de la pyramide, le manager ne récupère plus seul. C’est le collectif qui devient une ressource. Concrètement, entraîner le collectif se traduit par :

  • célébrer les petites victoires, les étapes, les fins de cycle

  • organiser des échanges de feedback croisés You & Me :

    • un feedback positif,

    • une attente,

    • un engagement,

  • sanctuariser de vrais temps de cohésion et d’alignement,

  • sortir du cadre de temps en temps,

  • valoriser publiquement les comportements attendus.

👉 À ce niveau, le collectif devient une force d’entraînement, et tout le monde en bénéficie.

First things firt

La pyramide de la récupération managériale n’est pas un modèle de plus. C’est un rappel. Revenir aux basiques n’est pas une régression. C’est souvent un acte de lucidité.

Peaufiner ses objectifs trimestriels sans avoir cette conversation difficile qui nous pèse, c’est se perdre dans un niveau de détail qui n’apporte rien. La récupération, en management comme en sport, commence toujours par la base. Et c’est précisément là que tout redevient possible.

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Manager dans l'incertitude : adopter une approche adulte